L’éclairage dans le portrait

L’article qui suit est une retranscription d’un article du journal Photo-Revue, numéro 1 du 27 mars 1910.

Bien que l’éclairage à 45° soit celui qui convient généralement le mieux pour le portrait ordinaire, il existe cependant deux autres genres d’éclairage qui peuvent, à l’occasion, rendre de grands services et qui sont, au surplus, faciles à obtenir. Nous voulons faire allusion à l’éclairage de côté et à l’éclairage à la Rembrandt.

Éclairage de côté

Par éclairage de côté, nous entendons que toute l’intensité de l’éclairage se trouve concentrée sur un côté seulement ou sur une moitié de la figure, tandis que que l’autre moitié est laissée complètement dans l’ombre.

Ce genre d’éclairage est très avantageux dans beaucoup de cas pour les portraits de femmes ; mais il est plus utile encore pour les portraits d’hommes, car on peut ainsi accentuer l’énergie de la figure et donner au portrait un caractère d’individualité plus prononcé.

Ce genre d’éclairage s’obtient en plaçant le modèle directement en face de la fenêtre, préalablement arrangée comme je l’indiquais dans un précédent article. Mais nous n’avons plus besoin ici de l’écran de plafond destiné à renvoyer la lumière vers le sol et que nous placions au-dessus de la tête du modèle.

Dans ce cas, toutefois, la lumière de la fenêtre donnera sans doute un éclairage trop dur si nous n’interposons pas, entre la fenêtre et le modèle, un voile de mousseline qui le rôle d’écran diffuseur.

Il sera également indispensable d’employer un réflecteur pour éviter que le côté de la figure qui se trouve dans l’ombre ne soit trop noir.

Cet effet d’éclairage est peut-être le plus facile à obtenir et nous en donnons un exemple [ici].

Éclairage de côté

Éclairage à la Rembrandt

La troisième sorte d’effet d’éclairage courant est généralement désignée sous le nom d’éclairage à la Rembrandt, ce qui est un non-sens ; mais en photographie chacun sait que ce terme désigne un effet d’éclairage dans lequel une toute petite partie de la figure se trouve fortement éclairée tandis que la plus grande portion du visage reste entièrement dans l’ombre. Le défaut qui est commun à la plupart de ces portraits, c’est une dureté générale et un manque de détail dans les ombres, tandis que les grandes lumières sont plaquées et comme passées à la craie.

Il ne faut apporter aucune modification à l’arrangement de la fenêtre tel que nous l’avons décrit pour l’éclairage de côté. Tout ce qu’il faut, c’est amener l’appareil un peu plus au milieu de la chambre, de manière qu’il puisse être braqué plus directement vers la lumière.

Pour l’éclairage à la Rembrandt, l’appareil est braqué directement vers la lumière et il est donc bon de disposer un écran qui empêche les rayons lumineux de pénétrer directement dans l’objectif si l’on veut éviter d’obtenir des clichés voilés et sans vigueur.

La portion éclairée de la figure venant tout à fait en blanc, il faut, pour accentuer l’effet d’éclairage, éviter d’employer un fond clair ; on fera choix, tout au contraire, d’un fond sombre, pas assez sombre, toutefois, pour que les ombres de la figure se confondent avec lui et se noient en quelque sorte : on donnera donc la préférence à un fond gris foncé de teinte moyenne.

Effet dit « à la Rembrandt »

Mais, quels que soient le soin et l’attention apportés à la disposition et à l’éclairage du modèle, tout cela ne servira de rien si la pose n’est pas exacte et si le développement n’est pas conduit convenablement, et ici les meilleurs conseils ne sauraient remplacer l’expérience qui s’acquiert par la pratique.

Le principal écueil à éviter, c’est la sous-exposition qui détruit entièrement les détails et les demi-teintes que nous avons eu tant de mal à vouloir conserver. Dans le portrait, il faut donc toujours poser largement.

Le développement des négatifs de portraits demande également une très grande attention et il est plus difficile peut-être à bien conduire que celui des clichés de paysages ; dans tous les cas, il est bien différent. Il ne faut pas chercher à obtenir des clichés vigoureux et brillants comme dans la photographie du paysage, mais viser, au contraire, à l’obtention de négatifs dans lesquels les grandes lumières ne comportent pas le dépôt le plus dense que la pose donnée permet d’obtenir, et dans lesquels les ombres profondes ne sont pas traduites par le verre absolument clair.

En d’autres termes, tâchez d’obtenir des clichés doux, mais parfaitement détaillés.

Le développement

Un des meilleurs moyens d’obtenir des clichés de ce genre consiste à diluer le révélateur de composition normale dans 2 ou 3 fois son volume d’eau, ce qui a pour effet de ralentir considérablement son action, mais les résultats que l’on obtient compensent très largement le peu de temps que l’on peut perdre en procédant ainsi.

L’hydroquinone n’est donc pas un révélateur qui convient pour le portrait, tandis que le Rodinal est sans doute l’agent développateur le plus simple et le plus pratique que puisse trouver le photographe portraitiste.

Mais, quel que soit le développateur employé, il n’est pas, pour amener ce révélateur à sa forme normale, en vue du développement des clichés de portrait de produit plus précieux, mais non plus de plus méconnu que cette vieille amie des photographes l’ « aqua pura ».

H. Essenhigh-Corke E.R.P.S